La Droguerie de Marine Saint Servan sur Mer,  Dimanche 5 Février 2012

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Coups de coeur

La librairie « La Droguerie de Marine » s’est toujours voulue un lieu de rencontre et d’échanges autour du livre et de la culture en général. Au sein de l’Association des Amis de la Droguerie de Marine, un groupe de lecteurs passionnés s’est constitué en « comité de lecture » qui se réunit périodiquement et échange par mail avec ses correspondants extérieurs. Il se propose désormais de vous faire partager ses découvertes, ses « coups de cœur », à travers des choix qui restent, bien évidemment, totalement subjectifs (et c’est tant mieux !)

Trésor des Livres de Mer, Michèle Polak et Alain Dugrand, Hoëbeke

Lundi 17 Octobre 2011

90 des plus merveilleux livres anciens de marine sélectionnés par Michèle Polak dans ses époustouflantes collections d'ouvrages des débuts de l'imprimerie au XXème siècle, des gravures, des croquis, des images, des récits, combinés à des textes dûs à la plume sensible et élégante de l'écrivain Alain Dugrand, le tout magnifiquement mis en page par l'éditeur Lionel Hoëbeke : le résultat est somptueux !
Ne cherchez plus le cadeau à offrir et à vous offrir pour la fin de l'année : le "Trésor des Livres de Mer" dépasse ce que vous imaginez !

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Atlas de Bretagne - Atlas Breizh, collectif, Coop Breizh

Mardi 12 Avril 2011

Comment des cartes peuvent livrer une personnalité : cet ouvrage offre une superbe présentation, entièrement bilingue, complète et fort originale. L’atlas décrit la Bretagne - à 5 départements cela va sans dire - à l’aide de cartes simples, claires, agréables à lire. N’omettant ni la culture (la carte des jeux traditionnels !), ni la prospective (et si le niveau des océans montait de quelques dizaines de mètres ?), il constitue un outil remarquable, destiné à tous les publics.

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L'oiseau Canadèche

Vendredi 18 Février 2011

Il en va de ces éditeurs peu connus qui nous donnent la chance de rencontrer des auteurs avec lesquels on a manqué le rendez-vous 25 ans plus tôt, parce que trop peu de lecteurs sans doute l'ont remarqué et c'est tant mieux !


Voici enfin l'occasion de faire connaissance avec Pépé Jake, vieil excentrique cabochard qui distille et commercialise son whisky le vieux râle d'agonie et avec son petit-fils, Titou, habité par une passion singulière : poser des clôtures jusqu'à l'obsession. Les retrouvailles de ces deux-là ne se sont pas faites sans mal ! Car le grand-père, têtu comme une mule, s'est battu contre les juges qui lui en refusaient la garde au prétexte de sa vie débridée et de son grand âge le rendant inapte à s'occuper d'un adolescent.


Ainsi le décor est campé dans une ambiance plutôt rude, très masculine, et l'on finit par s'attacher à ce duo insolite et farfelu formé par ce vieillard irascible, haut d'un mètre soixante, approchant de son centième printemps, qui contraste avec cet aimable jeune homme, grand gaillard de près de deux mètres, au tempérament franc. Pas grand-monde ne les fréquente ces deux, si ce n'est quelques autres personnages originaux, aussi peu ordinaires qu'eux.


Le cours de l'histoire se teinte alors d'une grande tendresse avec l'arrivée dans leur vie de Canadèche. Canadèche ? quoi est-ce ? vous interrogez-vous. A ce curieux nom répond une cane capricieuse, qui va jouer entre eux deux le rôle de passeur de sentiments... Et nul doute que vous craquerez à votre tour de voir ce vieux si mal embouché dévoiler la part de tendresse enfouie en lui, qu'il avait totalement refoulée !


On ne peut lire ce texte sans penser à Jon Riel. C'est drôle, farfelu et tendre à la fois.
Les non-rêveurs et les trop-sérieux, s'abstenir.




L'oiseau Canadèche

Traduit de l'américain
par Jean-Pierre Carasso
Prix : 10 euros

ISBN : 9782916589596

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Edouard Glissant

Jeudi 10 Février 2011

Edouard Glissant est décédé le 3 février à l’âge de 82 ans. Cet élève martiniquais, de famille modeste, annonce sa carrière littéraire dès l’âge de 10 ans en écrivant déjà beaucoup de poésie (manquant de papier, il lui arrive même d’écrire sur une peau de banane).
Fervent anticolonialiste, il fut expulsé des Antilles dans les années 60 par le pouvoir gaulliste.
Sa carrière d’enseignant s’est principalement exercée en Louisiane et à New-York.
Bien qu’ Aimé Césaire et lui aient entretenu des relations plutôt conflictuelles, ils nous laissent tous les deux des idées fondatrices sur la négritude, le métissage et la créolisation. Aussi ont-ils ouvert la voie à de nombreux auteurs créoles( Pépin, Chamoiseau…).
A Paris , la fondation de son institut du « Tout monde » va rendre concrête sa pensée et sa réflexion sur les cultures et leurs frontières.
Pour lui, le Tout-monde est la « projection du monde tel qu’il va nous réunir ». Nous n’avons plus à explorer le monde (c’est déjà fait) mais à le ressentir. « Les différentes cultures sont comme différentes saveurs que l’on aime goûter les unes après les autres », dit-il. Il a cru à la mondialité, conscient de la mondialisation et du manque fondamental des relations entre les sociétés.

Entretien avec Edouard Glissant

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Décembre Blanc de Sylvie Rouch (Pascal Galodé)

Mardi 26 Octobre 2010

Sylvie Rouch, qui a reçu le prix "Polar dans la Ville" en 2006, est auteure de romans, documentaires, et albums jeunesse. Elle vit sur les bords de la Rance et a choisi un éditeur maintenant basé à Saint-Malo pour publier son nouveau roman : Décembre Blanc. Dans l'ambiance d'un hiver tenace, des femmes sont agressées au vitriol en plein Paris. Le flic en charge de l'enquête, et son équipe anti-terroriste doivent-ils privilégier la piste des islamistes, ou celle de fascistes ordinaires donc tordus ? Les personnages du roman sont bien vivants, sans être caricaturés,l'enquêteur principal dont la vie personnelle n'est pas brillante mais la détermination entière,la journaliste militante, féministe confrontée à la pire violence machiste, le jeune délinquant,la femme battue... Un roman bien écrit, bien construit, qui vous fera passer un excellent moment : à lire en attendant l'hiver !

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Le Mont Saint-Michel à la manière de... François Jouas Poutrel

Samedi 23 Octobre 2010

François Jouas-Poutrel habite Paimpol, il est gardien de phare, en retraite depuis peu, et je regrette bien l'époque où je m'arrêtais avec "Dalc'h Penn" aux Sep-Iles pour partager au phare un plat de saucisses et de patates avec les gardiens ! Mais il est aussi artiste, et notamment spécialiste des icônes. François avait publié chez Ouest-France "le Phare du gardien de phare", une extraordinaire série de représentations du phare des Roches Douvres "à la manière de" nombreux peintres célèbres. Le livre a eu un succès immédiat et fut rapidement en rupture, et, hélas, pas réédité. François a aussi fait la couverture d'une édition du mythique Almanach (du Marin Breton). Et voilà qu'un éditeur normand, OREP, a eu la bonne idée de lui demander de peindre "Le Mont St-Michel à la manière de..." : de Bruegel à Delacroix, de Buffet à Picasso, de Monnet à Singac, un vrai régal. (le seul bémol : un choix de couverture un peu sombre). En prime, les tableaux sont accompagnés de petits textes de François pleins de naturel et d'humour.. Un joli cadeau de fin d'année (à 29.90 €).

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Atlas des Îles Abandonnées par Judith Schalansky chez Arthaud

Dimanche 10 Octobre 2010

Un joli livre, onirique et élégant à souhait, le cadeau de fin d'année idéal (25 €). Cette jeune Allemande née au bord de la Baltique, affirme que "pour voyager, il n'est meilleur guide que l'atlas". Elle le démontre brillamment, à travers la présentation d'une cinquantaine d'îles improbables, perdues à travers les vastes océans... Microcosmes surprenants, objets de rêves ou de cauchemars, où les utopies se terminent parfois en drames, où la solitude prend toute la place. Pour chaque île,en face de la page de texte, une gravure très fine, et toujours à la même échelle : une édition soignée, un vrai bonheur de petit album.

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Celles qui attendent, de Fatou Diome, chez Flammarion

Jeudi 9 Septembre 2010

Merci à son agent Gilles Paris de nous avoir fait parvenir ce superbe dernier roman de Fatou Diome ! Dans l'île de Niodior, dont est originaire l'auteure, Arame et Bougna les mères, Coumba et Daba les femmes, attendent. Elles attendent des nouvelles des hommes qui sont partis, elles attendent leur mandat pour survivre, elles attendent leur retour, elles attendent un lendemain sans avenir. Le quotidien de femmes africaines confrontées à l'émigration des hommes, à la polygamie, une vie faite de solitude encadrée par le contrôle social du village. Fatou Diome nous parle de leur intimité, avec amour, avec colère, et surtout avec une plume exceptionnelle. Le roman de la rentrée !

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L'Entreprise des Indes par Erik Orsenna (Stock/Fayard)

Dimanche 9 Mai 2010

L’originalité du point de vue : demander au frère de Christophe Colomb de raconter sa découverte, son « Entreprise ». Le style élégant, limpide, et plein d’humour de l’académicien au service d’un sujet magnifique. Les ingrédients sont là pour donner un grand roman qui fait rêver, voyager, se régaler. L’ambiance des ateliers de cartographie de Lisbonne, entre secrets et goût du savoir : « notre voyage a pour destination quotidienne la Vérité » dit maître Andrea. Les copieurs, les faussaires, les menteurs, et les cartographes qui ont vendu des cartes à d’autres qu’au Roi, auxquels on coupe les oreilles. La plus grande gloire de la Couronne et de Dieu au nom desquels on dresse les chiens à manger des Indiens. On chasse les Juifs, on « découvre les Indes », les limites du monde connu sont repoussées… une grande « Entreprise » !

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Le coup de coeur de Laure : Katarina Mazetti

Lundi 7 Décembre 2009

Notre amie libraire Laure Marcilly, de Troyes nous livre un coup de coeur : J’ai découvert, avec beaucoup de plaisir, une romancière suédoise, dont j’ignorais jusqu’à peu l’existence : Katarina Mazetti. Deux de ses romans, publiés chez Gaia, viennent de paraître en poche (collection Babel, Actes Sud) : Le mec de la tombe d’à côté, Les larmes de Tarzan. Katarina Mazetti excelle dans l’art de raconter, avec tendresse et sensibilité, la rencontre de deux êtres que tout semble séparer mais qui s’attirent aussi irrésistiblement. Ces romans polyphoniques, à l’humour ravageur, multiplient les situations cocasses, tant les univers des protagonistes – toujours attachants d’ailleurs – sont différents. Sous des dehors anodins, Katarina Mazetti porte un regard lucide sur certaines barrières culturelles ou sociales, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Deux livres sans prétention donc, souvent très drôles, plutôt bien écrits et surtout extrêmement agréables à lire !

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Le coup de coeur BD de Patricia Durand

Samedi 21 Novembre 2009

Pour commencer un coup de coeur ( une BD prétée par la responsable du CDI du collège de la Guerche..) Les petits ruisseaux de Rabaté En contrepoint de la BD "Rides" qui présentait la vie d'une maison de retraite -humour noir) , les petits ruisseaux est une BD réjouissante sur le troisème âge ou comment vieillir heureux et indigne.. Edmond et Pierre deux retraités , l'un dessine des femmes nues d'après Play boy et l'autre traine ses tristes pensées depuis le décès de sa femme; la mort soudaine d'Edmond -le dessinateur- forcera Piere à redécouvrir un monde plus que vivant et politiquement incorrect vis à vis des autres.. A lire pour ne pas "mourir idiot"

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Manhattan Freud de Luc Bosci chez Albin Michel

Samedi 21 Novembre 2009

Manhattan Freud de Luc Bosci chez albin Michel Freud et Jung se rendetn aux Etats Unis pour une série de conférences sur la Psychanalyse , peu connue à cette époque. Ils se retrouvent en compagnie de l'inspecteur Kahn pour élucider le meutre du fondateur de Manhattan . Une série de Crimes étranges , avec pour cadre la naissance des tours. Bien documenté, d'un rhytme soutenu , un polar différent ...(un peu dans le style des Caleb Carr) Patricia Durand

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La Femme du Braconnier de Calude Pujade Renault à paraître chez Stock en janvier

Samedi 21 Novembre 2009

Quand j'ai lu ce manuscrit, je n'avais aucune indication, ni sur le sujet, ni sur le genre...Je le lis donc comme un roman... Je suis assez vite emportée par l'écriture:une très belle langue,sensuelle, souvent érotique et même crue parfois,poétique mais pas alambiquée,très charnelle, emportée par la construction qui brise toute linéarité du récit:sorte de polyphonie de voix qui apporte des points de vue différents sur les personnages,les évènements,emportée par le thème de la création littéraire,par la présence de femmes fortes, complexes,fragiles...et d'hommes...itou... A la fin, je me disais...oui...mais trop, c'est trop. Trop implacable cette fatalité qui touche tous les personnages ! trop cette présence permanente de la mort, de la folie ! trop cette impossibilité du deuil...mais c'est quand même une sacrée histoire !! Et puis, il s'avère que c'est une "biographie"(probablement), un récit de la vie du couple maudit que formèrent Sylvia Plath (poète américaine) et Ted Hughes ( poète anglo-irlandais) .Tout ce que je venais de lire était donc ..."vrai"! Claude Pujade-Renaud s'est donc emparée de ces deux là, les a réinventés, dans un cadre temporel et spatial pourtant très réel, très précis, les raconte au vrai sens du terme. Une biographie...sûrement...mais qui a perdu le formalisme...d'avant...Tant mieux! Claudine Cellier

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Mal de Pierre de Milena Angus

Samedi 21 Novembre 2009

A propos de "Mal de pierres", Milena Agus, Liana Levi 2006, repris en poche Le "mal de pierres" est un mal lancinant qui empêche l'héroine de mener ses grossesses à terme, mais aussi un mal pour un bien puisqu'il l'oblige à quitter la Sicile pour le Continent où une rencontre va bouleverser sa vie... L'amour serait donc le prétexte tout trouvé pour la narratrice à raconter des "gens de peu" cabossés par la guerre et à dévoiler l'ultime secret de cette femme qu'était sa grand-mère, dentelière jadis exaltée au point de faire fuir tous ses prétendants... Le récit coule de source, simple et limpide. C'est juste, c'est poignant, c'est drôle parfois (ah, les prestations !!) et la cerise sur le gâteau, c'est qu'on s'y fait prendre... Un joyau ! Sylvie Rouch

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Revue XXI

Samedi 21 Novembre 2009

Ce n'est pas un livre à proprement parler, mais comme on ne le trouve qu'en librairie, pourquoi s'en priver? D'autant que, génie bienheureux, le dernier numéro de XXI, titré "Bleu, Blanc, Noir", tombe comme un beau pavé dans le marécage. Nulle mention, dans ses reportages à la belle écriture, toute d'empathie, qu'on lit comme autant de nouvelles, d'un de ces sales mots "identité nationale", "valeurs", "racines". S'exprime ici cette espèce d'honnêteté ordinaire, toute d'intelligence, de finesse, de subtilité, d'insoumission aussi, qui, spontanément, sans discours ni idéologie, saisissant le juste et l'injuste, le décent et l'indécent, dit une manière d'être, de vivre ensemble, simplement. Le fameux "common decency" de George Orwell... Ainsi du piètre 26 rue des Rigoles, Paris 20e, la moins chère et la plus grande société de domiciliation de la capitale, où, sous l'impulsion et l'énergie de François, le maître des lieux, se croisent, géniale tour de Babel, près de deux mille petits créateurs d'entreprises sur lesquels on ne miserait pas un kopeck, irakiens, zaïrois, bulgares, roumains, pakistanais, rabbins... "Je suis comme la tour Eiffel, il n'y a que les étrangers qui viennent me voir", s'amuse François. Ainsi encore du bourg breton de Collinée et ses 9% de Maliens qui depuis les années 60 de père en fils, de mère en fille, travaillent à l'abattoir, un million et demi de cochons abattus en 2008... "On dit qu'en Bretagne il y a plus de cochons que d'êtres humains, tu savais?", confie Moussa qui rêve de l'armée de terre, "pour voir du pays". Et quand on parle d'intégration avec le maire facteur du patelin, il remet les pendules à l'heure: "Ici, on n'intègre que des cochons et les intégrateurs, ce sont les gros éleveurs qui rachètent leurs élevages aux petits en faillite." Il faut lire encore, l'hallucinant "Frontière des femmes" qui, solitaires, du Honduras ou du Salvador parcourent plus de trois mille kilomètres entre mafias, gangs et polices dans l'espoir de franchir le rio Grance, tout au nord... Bref, ce numéro de XXI dans son entier est le meilleur antidote aux aboyeurs de tout poil. Un appel d'air... Anne Vallaeys

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"Voyage" de Sterling Hayden chez Rivages

Samedi 21 Novembre 2009

Voyage Sterling Hayden Traduit de l’américain par Alain Bories, éditions Rivages Pour Nicolas Ray, il fut Johnny Guitare, pour Stanley Kubrick le général fou envoyant ses bombardiers nucléaires arroser les steppes soviétiques pour préserver les « fluides corporels » du monde libre. Il tint aussi de nombreux autres rôles dont, sans doute, le plus chaotique, fut pour lui celui d’être humain dans la vie réelle. « Voyage » son unique roman, entrelace dans une toile narrative foisonnante une multitude de vies et de destins croisés dans l’Amérique de 1896. L’axe principal du récit est le voyage inaugural et dantesque du quatre-mâts barque d’acier le »Neptune’s car » dernier né de l’armateur Banning Blanchard. Mené par un équipage hétéroclite (pour partie recruté par des procédés douteux en des endroits douteux), il doit rallier, gorgé de charbon, Freeport (Maine) à San Francisco via l’incontournable cap Horn. En contrepoint, la fille de l’armateur, pose ses délicats petons à bord du yacht l’Atalanta qui doit mener sur l’autre rive du Pacifique un échantillon de la « young gentry » américaine afin d’observer une éclipse de lune au Japon. Embarqués en « Voyage », vous visiterez des lieux antagoniques : salons huppés, bouges à matelot, officines de politiciens, bureau d’armateur, passerelles de navires, poste d’équipage… pour y croiser une faune toute aussi bigarrée : armateur énigmatique, riches oisifs, mondaines écervelées, marins déclassés, capitaines sadiques, politiciens véreux, syndicalistes altruistes… Parfois de simples silhouettes caricaturées, parfois des personnages autrement complexes. Parmi eux émerge en filigrane la figure de Simon Harwar, frère d’âme de Sterling Hayden avec lequel il partage, outre un goût exubérant pour les breuvages alcoolisés, fêlures intimes et tourments secrets. L’écriture sait se moduler au gré du flot narratif : ironie cinglante dans la description des pantins mondains, réalisme des scènes maritimes, truculence des dialogues, force de la suggestion…. Épopée maritime, vaste fresque sociale et politique, roman d’une culpabilité, « Voyage » est, dans tous les sens du terme, un livre unique. En guise d’épitaphe pour Sterling Hayden, j’écrirai : Il n’en écrivit qu’un, mais ce fut celui là Jacques Cellier (Webmaster & Commander)

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Mona Ozouf : « Composition Française » (Gallimard)

Mercredi 14 Octobre 2009

Sous-titrée « retour sur une enfance bretonne », cette autobiographie est à la fois touchante et profonde, littéraire et passionnante. Généralement assez réfractaire au genre, j’ai lu passionnément ce parcours d’une vie, emballé par l’élégance du style et la pertinence des réflexions. Aller-retour du particulier à l’universel, de l’intimité de la culture bretonne intériorisée, oubliée puis assumée, à la générosité des grands principes fraternels qui n’exclue pas le laminoir culturel du centralisme jacobin ou l’écrasement de l’homme par le stalinisme, aller-retour de la famille à l’école, de la paroisse à la capitale, de l’enfance à l’âge mûr…une vie éclairée par la générosité et l’ouverture d’esprit, avec des contradictions qui rendent le récit très humain. A lire et à faire lire, en particulier aux Bretons qui n’osent s’assumer…et aux pourfendeurs de la diversité culturelle !

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Patrick Besson : « Mais le Fleuve tuera l’Homme Blanc » (Fayard)

Mercredi 14 Octobre 2009

De la Françafrique à la Sovietafrique, des barbouzes tueurs aux pétroliers ravageurs, des tyrans sanguinaires aux milliardaires de la misère, un ballet fascinant où règlements de comptes, magouilles politiques, pouvoirs occultes, mystères de la jungle africaine, amours brèves et multiples, se déroulent sous nos yeux à un rythme haletant. Sur fond de clanisme et de lendemain de génocide, un monde à toujours mystérieux, une belle écriture à l’humour grinçant, désabusé, pour décrire univers fascinant, violent et romanesque. Prévoir une longue soirée, car vous ne sortirez pas de ce roman-fleuve afin de l’avoir fini. Vous n’en sortirez pas indemne non plus….

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